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Autour du Mont-Sainte-Odile, le Mur Païen

Frédéric le Borgne dévaste le Mont Sainte Odile

15 Janvier 2013 , Rédigé par PiP,vélodidacte Publié dans #personnage

Frédéric le Borgne à Hohenburg - 1114

Dés son accession à l’empire, Henri V, dernier empereur salien, connaît les pires difficultés. Il s’oppose frontalement au pape Pascal II et se voit excommunié comme son père. Les évêques de l’empire l’abandonnent l’un après l’autre. La Pologne et la Hongrie se déclarent indépendantes. La Bohême cherche à faire de même. Les villes du Nord de l’Italie se soulèvent à leur tour et Henri V doit se porter vers le Sud, où il passera la fin de son règne à guerroyer en Italie. Pour défendre ses intérêts au Nord des Alpes, Henri nomme alors deux vicaires de l’empire, chargés de défendre l’empire pendant son absence. Ce seront Frédéric de Hohenstaufen, dit le Borgne, duc d’Alsace et son frère Conrad, alors comte palatin. Dans un premier temps, c’est Frédéric qui mènera la lutte contre les partisans du pape en Alsace.

En 1114, parti de Souabe, Frédéric entreprend une longue chevauchée à travers l’Alsace pour aller contrer les troupes d’Adalbert, archevêque de Mayence. Remontant de Bâle, Frédéric rejoint ses terres de Sélestat, il attaque et prend une à une les places fortes des Eguisheim. Son périple est commenté dans la ‘Gesta Friderici’, un texte écrit quelque cinquante ans plus tard par l’ évêque de Freising, qui était un demi-frère de Frédéric.

‘Frédéric le Borgne s’installa au-delà du Rhin, en Gaule, et peu à peu se mit à conquérir toute la contrée de Bâle jusqu’à Mayence où se trouve la puissance principale de l’empire. Il descendit le cours du Rhin, en s’arrêtant chaque fois qu’il trouvait un emplacement favorable pour une « Burg » dominant la contrée. Puis il allait plus loin pour en construire une autre. Il fit si bien qu’il devint proverbial et que partout on disait :‘Le duc Frédéric traîne toujours après lui, un château fort à la queue de son cheval’. Le duc était également décrit comme fort à la guerre, ingénieux lors des négociations, aussi serein de visage que d’esprit, plein d’urbanité dans les discussions, jusqu’à se montrer libéral. C’est pour cette raison qu’un grand nombre de combattants, l’ayant rencontré, s’offrirent d’eux même à le servir à partir de cet instant.’

La liste des châteaux alsaciens attribués à Frédéric est éloquente. Haut Koenigsbourg, Ribeaupierre, Kinztheim, Obernai, Haguenau, Fleckenstein…. Et d’autres. Le texte d’Otton de Freising est plutôt flatteur pour son demi-frère. Otton passe sous silence la désolation que n’a pas manqué de créer cette vaste campagne militaire. Les partisans de l’archevêque de Mayence et de la papauté étaient nombreux et au premier rang se trouvaient les Eguisheim avec leurs nombreuses possessions échelonnées tout au long des Vosges de Ferrette à Dabo.

Lors de sa remontée vers le Nord, Frédéric va se trouver, parmi les possessions des comtes, face à Hohenburg avec son château fort et ses deux couvents. Tout Hohenburg sera dévasté par les troupes de Frédéric. Le vieux château des comtes sera enlevé et démantelé, le Lutzelbourg à Ottrott sera détruit lui aussi. Le couvent sera brûlé. Il ne restera rien. Après le passage du Hohenstaufen, le Mont Sainte Odile n’est que ruines et cendres. Joseph Gyss, dans son ‘Odilienberg’, va jusqu’à dire que Frédéric aurait chassé les nonnes du Mont !

La désolation est complète comme en témoigne le texte suivant :

Le duc Frédéric, père de l’empereur Frédéric, détruisit l’église de Hohenburg fondée en hommage à Marie, mère de Dieu, lors d’une invasion simultanée des bâtiments du lieu et celle-ci resta presque totalement détruite jusqu’à l’intervention de son fils l’empereur Frédéric.’

Cette bulle du pape Lucius III, datée de 1185 et accordée à la prévôté de Truttenhausen, fait allusion à la fois à l’église et au château. L’invasion ne visait pas le couvent, mais le château des Eguisheim. Le but de Frédéric le Borgne était bien de détruire le château de ses rivaux.

Belliqueux mais aussi conquérant, Frédéric cherchait à s’implanter durablement en Alsace en fortifiant ses conquêtes. Sélestat a vu s’élever Kinzheim et le Haut-Koenigsbourg. Pour le Mont Sainte Odile, la politique du Hohenstaufen fut différente. Au sommet du mont, le château d’Adalric ne sera pas reconstruit, Frédéric semble s’être contenté de disposer de simples postes de garde. Le Lutzelbourg, au-dessus d’Ottrott, sera, lui, rebâti et doté de son premier donjon de pierre.

Paradoxe de l’époque, mais bonne politique, Frédéric le Borgne se proclame avoué, donc protecteur des couvents, qu’il vient de détruire. Son fils Barberousse signera diverses chartres  : ‘Elisatie dux et Hoehenburgis Ecclesie advocatus’.

A proximité du Mont, le grand chantier de Frédéric se fera à Obernai même, avec la construction du château d’Obernai, connu de nos jours simplement sous le vocable ‘Burg’. Jusqu’à cette date, Obernai avait été un lieu des séjours des comtes mais ne possédait pas de forteresse. Frédéric fit donc construire le Burg dans la petite ville au pied du Mont, à l’emplacement ‘connu’ comme celui de la maison natale de Sainte Odile. Le château d’Ehnheim deviendra une résidence ducale puis impériale des Hohenstaufen. Les empereurs Frédéric Barberousse et Henri VI y résideront à plusieurs reprises. (voir note ci-dessous)

La chevauchée de Frédéric le Borgne se poursuit plus au nord. A Haguenau, il fonde sur une île de la Moder le château qui deviendra le château impérial de Frédéric Barberousse. Mais la politique de Frédéric ne s’est pas limitée à construire des châteaux. Le duc a cherché à agrandir ses domaines, à acquérir de nouveaux revenus. Proches des vignobles et de leurs revenus importants, les villes d’Ehnheim et de Rosheim tombent dans le domaine ducal…. Le Burg d’Obernai sécurise les rentrées du Duc. A Rosheim, Frédéric fait également construire une maison forte sur une motte pour défendre la ville. Cet édifice est appelé aujourd’hui la Maison Romane’.

Forteresses, revenus, villes, Frédéric veut et réussit l’implantation durable des princes souabes en Alsace. Son projet fondateur va se prolonger sans encombre jusqu’en 1125, année de la mort de l’empereur Henri V.

En 1125, Henri V, le dernier empereur salien, meurt sans enfant et, sur son lit de mort, désigne Frédéric de Hohenstaufen comme son successeur, le préférant à ses propres neveux, Frédéric et Léopold de Babenberg. Pourtant Frédéric le Borgne n’emportera pas l’élection impériale. C’est le prince ‘rebelle’ Lothaire de Supplimbourg qui est élu empereur. Les Hohenstaufen sont battus.

Cette défaite sera de courte durée. Les Hohenstaufen s’organisent et prennent leur revanche quelques années plus tard à la mort de Lothaire en 1137. Lothaire III, fils du précédent, soutenu par l’archevêque de Mayence et Frédéric, allié à l’archevêque de Trèves s’affrontent dans une véritable guerre civile. C’est le début de la lutte des Guelfes contre les Gibelins. Cet épisode se soldera par l’élection du premier empereur de la lignée des Hohenstaufen, Conrad de Hohenstaufen, le frère cadet de Frédéric le Borgne.

Nota : Les Guelfes représentent le parti bavarois, alliés à la Papauté. Les Gibelins sont le parti souabe derrière les Hohenstaufen, leur nom vient de la ville de Waiblingen au cœur de la Souabe.

Illustrations
  • Monnaie à l'effigie de Frédéric le Borgne
  • Le château de Haguenau
  • La Maison Romane de Rosheim. (reconstitution selon C.L. Salch)
     

 

Chevaliers Hohenstaufen à l'assaut d'une ville.

Chevaliers Hohenstaufen à l'assaut d'une ville.

Non multo post ipso in civitate Galliae Maguntia nuptias cum multorum principum astipulatione magnifice celebrante, imperium, ut alibi a nobis profusius dictum est, scinditur. Quae scissura illo tempore tam gravis fuit, ut preter Fridericum ducem fratremque suum et Gotefridum palatinum comitem Rheni vix aliqui ex principibus fuerint, qui principi suo non rebellarent. Quot et quanta ergo Fridericus Suevorum dux nobilissimus vel imperatore presente vel in Italia morante stilo digna tunc gesserit, quia in multorum adhuc habentur memoria, summatim dicemus. Ipse enim de Alemannia in Galliam transmisso Rheno se recipiens totam provinciam a Basilea usque Maguntiam, ubi maxima vis regni esse noscitur, paulatim ad suam inclinavit voluntatem. Nam semper secundum alveum Rheni descendens, nunc castrum in aliquo apto loco edificans vicina quaeque coegit, nunc iterum procedens, relicto priore, aliud munivit; ut de ipso in proverbio diceretur: « Dux Fridericus in cauda equi sui semper trahit castrum ». Erat autem predictus dux in bellis fortis, in negotiis ingeniosus, vultu et animo serenus, in sermone urbanus donisque tam largus, ut ob hoc multitudo maxima militum ad eum conflueret seque ad serviendum illi ultro offerret.

Gesta Friderici Livre I - Capitulum XII.

La courte histoire du Burg d’Obernai
  • 1114 Construction du Burg par Frédéric le Borgne.

Le Burg devient résidence des empereurs lors de leur passage en Alsace. La présence des Hohenstaufen au Burg d’Obernai est attestée dans les textes suivants :

  • 1153 Frédéric Barberousse signe divers décrets avec la mention ‘Data apud Ehenheim’.
  • 1178 Chartre de Saint Gorgon, signée par Frédéric, duc d’Alsace et avoué de Hohenburg, datée à Ehenheim.
  • 1181 Chartre de Truttenhausen, idem.
  • 1180 Chartre d’Etival, signée par Barberousse, à Ehenheim.
  • 1196 Chartre des marchands de l’Empire, signée par Henri VI, à Ehenheim.
  • 1196 Chartre des collégiales de Strasbourg, signée par Henri VI, à Ehenheimr
  • 1196 Chartre de l’église de Spire, signée par Henri VI, à Ehenheim.
  • 1196 Chartre du couvent de la Toussaint, signée par Henri VI, à Ehenheim.
  • 1242 Transaction entre le sieur Rudeger et la prévôté de Truttenhausen, signée par Henri, fils de Barberousse, à Ehenheim.

Nous n’avons pas de trace écrite du passage de Frédéric II à Obernai.

A la fin du règne de Frédéric II, le pape Grégoire IX a prononcé l’excommunication de l’empereur et nommé un contre empereur Henri le Raspon. Les combats ont repris en Alsace menés pour le parti du Pape par l’évêque Henri de Stahleck. Lors de la campagne de 1246, Henri de Stahleck enlève et détruit plusieurs places fortes des Hohenstaufen.

‘… donoch fur dirre Bischof mit dem Swoben in Elsas und besas alle stette und burge die Keyser Friderich und sin sun künig Cunrat do hettent und sfleifent zwo gute burge, Wikersheim und Cronenberg, die andern kleinen burge verbrannt er, also Haldenburg, Andelo une Ehenheim.’

« Alors l’évêque se rendit avec les Souabes en Alsace et prit toutes les villes, tous les châteaux que tenaient l’empereur Frédéric et son fils le roi Conrad. Il détruisit deux belles forteresses, Wikersheim et Cronenbourg. Il fit incendier les autres petits châteaux comme Haldenbourg, Andlau et Obernai. »

Dans la chronique citée par Speckle, le Burg d’Obernai est qualifié de ‘petit’ château. Il est voué aux flammes et ne sera plus relevé.

Le site est occupé aujourd'hui par l'Ecole de Musique d'Obernai.

 

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L
Merci pour votre réponse. En réalité la datation approximative de la maison Romane est de 1154, hors, Frédéric le Borgne est décédé en avril 1147, soit 7 ans avant la construction.<br /> Je vais essayer de trouver des renseignements complémentaires sur le commanditaire de cette maison, mais je pense qu'il y a peu de chance que cela aboutisse.<br /> <br /> On sait, d'après l'aménagement de la maison, qu'elle devait appartenir à un chevalier, à un seigneur ou peut-être à un dignitaire du couvent de Hohenbourg puisque depuis 1132, Rosheim était la propriété des Staufen.<br /> <br /> On parle également, sous Frédéric Barberousse, d'une charte de donation "d'une maison en pierre" à Rosheim par la noble dame Willebirc von Andlau de Hohenbourg en 1178.<br /> Cette charte de l'Abbesse Herrade précise que :<br /> <br /> "Willebric von Andlau a donné à Sainte-Marie au Hohenbourg pour le rachat de son âme et de son mari Bernher et de son père et de sa mère et de tous ses parents, par la main de l'Empereur Frédéric, une maison de pierre qu'elle eut dans Rosheim ainsi qu'une cour adjacente."<br /> Cette charte a été signée par la main de l'empereur Frédéric Barberousse qui était en octobre 1178 à Obernai.<br /> <br /> Les documents sont conservés aux archives de Strasbourg.<br /> <br /> Pour le reste, je ne peux pas en dire plus malheureusement.<br /> <br /> Laetitia
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P
Merci pour ces précisions ! La Maison Romane a donc été construite après le passage Frédéric, pour un ministériel de Hohenburg, sous le règne de Conrad, frère de Frédéric et premier Hohenstaufen à accéder à l'Empire. C'est bien çà ???
L
Frédéric le Borgne n'a jamais fait fait construire la maison romane de Rosheim
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P
J'ai trouvé cette information dans le livre de Salch consacré à Rosheim. A la réflexion, certes, vous avez raison, rien ne prouve que la Maison ait été construite à sa 'demande', mais il semble quand même qu'elle fut construite suite au passage de Frédéric. Si vous aviez les références d'un ouvrage plus complet sur la Maison Romane de Rosheim, je serais très intéressé. Merci de votre message.