Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Autour du Mont-Sainte-Odile, le Mur Païen

1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott

1 Février 2021 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #chateau

Les représentations des châteaux d’Ottrott avant l’arrivée de la photographie ne sont pas si nombreuses. Nous nous présentons aujourd’hui deux aquarelles et deux dessins exécutés en 1860 et 1880 par Émile Audiguier, alors conservateur du Musée de Saverne, où ces images sont conservées.

Émile Audiguier (1844-1900)

Si la famille Audiguier est originaire du Languedoc, le père d’Émile travaillait au Tribunal de Saverne dès 1837. Émile grandit à Saverne, achève ses études à Strasbourg. Licencié en droit, il devient avocat. Passionné d’histoire, Émile devient conservateur du Musée de Saverne en 1880. Il donne à cette institution un bel essor par une politique intelligente d’acquisitions.

Parallèlement à sa fonction, Émile se consacre à ses propres centres d’intérêts :

  • archéologie liée essentiellement au patrimoine local

  • études des châteaux forts de la région de Saverne

  • collection de monnaies

  • étude des sceaux des seigneurs locaux

Émile est de plus un artiste. Ses études sont accompagnées de croquis et d’aquarelles de qualité. Membre du Club Vosgien, Émile fait de longues promenades dans les Vosges et en ramène de nombreux croquis de toutes les curiosités rencontrées.

Voici une aquarelle datée de 1880, elle représente notre Rathsamhausen.

1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott

Façade Sud du Rathsamhausen

Le château est observé, coté sud. On observe la façade ouvragée du donjon-palais, ainsi que celle du logis attenant. Il semble bien qu’Émile n’ait pas travaillé directement sur site, mais plutôt à partir du relevé de cette façade effectuée par Winckler la même année 1880. Jugez par vous même. Voici le relevé de Winckler.

Rathsamhausen, relevé de la façade sud, par Winckler 1880

Rathsamhausen, relevé de la façade sud, par Winckler 1880

Les proportions sont identiques, le sommet du donjon, la hauteur de la cheminée du logis également. Émile a du travailler à partir d’un calque, comme il le faisait souvent. Les fenêtres représentées sur les deux images peuvent surprendre : elles ne sont pas toutes représentées et leur emplacement sur la façade est vraiment approximatif. Winckler semble plus proche de la réalité

A noter que Winckler et Audiguier indiquent la présence d’une bretèche (à l’ouest) sur le mur d’enceinte où se trouve la porte. Cette partie est aujourd’hui effondrée et nous n’avons plus trace de cet élément d’architecture.

Blasons des familles d'Andlau, Rathsamhausen et Müllenheim, Audiguier 1880

Blasons des familles d'Andlau, Rathsamhausen et Müllenheim, Audiguier 1880

Comme souvent sur ses aquarelles, Emile place sous son dessin les blasons des seigneurs des lieux. Notons qu’Émile présente ici les armes des familles d’Andlau, de Rathsamhausen et de Müllenheim. Les Andlau n’ont jamais habité le Rathsamhausen, mais le château voisin, le Lutzelbourg. Il y a confusion. Il eût été préférable de faire apparaître les armes des Hohenstein qui ont habité le château de 1424 à 1478.

Outre cette belle image du Rathsamhausen, Émile nous propose un plan et une restitution du même château.

Plan du château de Rathsamhausen

1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott

Comme Emile nous l’indique dans le cartouche, son plan est une copie d’un plan établi par Winckler la même année, publié quelques années plus tard dans le Burgen Lexikon : ces deux personnes devaient bien se connaître, être bien proches.
Ne nous laissons pas surprendre par le titre ‘Lützelburg bei Ottrott’. Au moyen âge, nos deux châteaux portaient le nom de Lützelburg : Hinterlützelburg pour le Rathsamhausen et Vorderlützelburg pour le Lutzelbourg d’aujourd’hui. Émile a choisi de reprendre le nom ancien.

Émile recopie le plan de Winckler avec ses imperfections : absence des fausses-braies à l’est et à l’ouest, absence de la prolongation du mur sud-ouest avec la porte jusqu’au rempart occidental…Par contre, les lettres repères placées sur le plan, sont bien du fait d’Émile et correspondent à une description personnelle du château. Un texte, rédigé en allemand, accompagne le plan. Cette page de cahier d’écolier nous montre qu’Émile a passé du temps dans notre Rathsamhausen et qu’il a su discerner les points essentiels de cette forteresse et de son évolution.

  • Les différentes phases de construction sont décrites

  • La description du couronnement du donjon circulaire correspond aux études récentes

  • Émile donne l’épaisseur des murs principaux ainsi qu’une description de la taille des pierres qui les composent.

  • Il a bien vu la première toiture en V du donjon-palais.

  • La construction initiale, puis le renforcement du mur ‘est’ du logis, sont mentionnés.

  • Les points ‘u’ et ‘t’ sont décrits comme des points d’attaque possibles et l’épaisseur des murs leur faisant face sont données.

  • Émile cite, malheureusement sans les décrire, les peintures murales du logis, également citées par Charles-Laurent Salch.

  • Il indique le réemploi de pierres taillées dans le donjon-palais et parle d’un château plus ancien….. ce serait notre Vieux Lutzelbourg, dont Émile ne savait pas que les équipes de Monsieur Salch retrouveraient les fondations quelque cent ans plus tard.

Curieusement, les cheminées, les baies romanes ne sont pas décrites, il semble qu’Émile se soit plutôt intéressé aux questions militaires et aux qualités défensives de la forteresse, plutôt qu’aux magnifiques sculptures de cette belle demeure

Restitution de la façade sud du Rathsamhausen

Dernier dessin consacré à notre château de Rathsamhausen, Emile nous offre une tentative de restitution du château au moyen âge…. Emile conserve dans son titre l’appellation ‘Lützelburg’ et indique qu’il a travaillé d’après un croquis et les conseils de Winckler.

- La barbacane est bien crénelée, mais la petite tour pentagonale n’est pas représentée.

- La porte est représentée avec son petit pont-levis et deux tourelles comme indiqué plus tard par Salch. La superbe toiture qui la domine paraît hasardeuse.

- Les bretèches sont bien représentées. Les murs de l’enceinte 1300 portent bien des hourds.
- Le donjon circulaire et son couronnement sont conformes à ce que nous en savons.

Restitution du Rathsamhausen, Audiguier 1880

Restitution du Rathsamhausen, Audiguier 1880

Pour les parties hautes du logis et du donjon-palais, la restitution d’Emile ne peut qu’étonner :

- le nombre des merlons sur le donjon-palais est bien trop important, la frise de faux-mâchicoulis n’a jamais été présente.

- la représentation du logis n’est pas cohérente. Dans un premier temps, il était plus bas et ne comportait pas les étages supérieurs. Par la suite, la façade était à pignon. Le sommet des murs n’étaient pas crénelés, ils portaient des hourds versant est… Le dessin est bien sympathique mais peu réaliste.

Château de Lutzelbourg

Concernant, le château voisin, le Vorderlützelburg, appelé aujourd’hui Lutzelbourg, Emile n’a pas rédigé de notes et ne nous propose d’une seule aquarelle. La voici.

Château de Lutzelbourg, aquarelle Audiguier 1870

Château de Lutzelbourg, aquarelle Audiguier 1870

Nous y voyons la cour intérieure du Lutzelbourg. L’auteur est dans la tour en fer à cheval et regarde vers le donjon, à droite et à gauche, on reconnaît les façades des logis nord et sud du château.

Comme il le faisait couramment, Émile a travaillé à partir d’un dessin plus ancien qu’il a du copier grâce à un calque. Dans ce cas, il s’agit d’un dessin de J. Rothmüller, lithographié par Hahn et Vix en 1838. L’aquarelle d’Émile est datée de 1870, elle est titrée ‘Lützelburg-Rathsamhausen’.

Emile reproduit exactement la lithographie en retirant une bonne part de la végétation. Les lignes sont alors épurées et beaucoup plus lisibles. La façade du palais 1400 (au nord, donc à droite de l’image) est bien rendue avec la frise d’arceaux, le grand corbeau et le tracé d’une des fenêtres. Au fond, le donjon et la niche de la grande fente de tir sont bien détaillées. A gauche, Emile dessine la façade du palais sud aujourd’hui disparu. La porte romane est encore en place, plusieurs baies également.

Quelques aquarelles de nos châteaux du Bas-Rhin

Les aquarelles d’ Emile Audiguier sont nombreuses. La plupart de celles qui concernent les châteaux forts illustrent les châteaux proches de Saverne : Haut-Barr, Geroldseck et Greifenstein. Nous avons choisi quelques images de châteaux un rien plus lointains : Ochsenstein, château oublié et à l’abandon malgré le patrimoine important qu‘il représente, Guirbaden et Freudeneck pour faire un clin d’œil aux bénévoles des associations amies des AmChOtt, et Wangenbourg.

1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott
1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott
1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott
1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott

La pierre sculptée du jardin d’ Hubert

Le dernier paragraphe de la description du Rathsamhausen rédigée par Emile nous ramène à proximité de la Maison Forestière de Rathsamhausen, au pied des ruines. Emile nous décrit une pierre sculptée toujours en place à l’angle du jardinet de notre ami Hubert, dernier forestier à avoir habité les lieux.

Voici cette pierre. Elle mesure 180 cm de longueur pour une largeur de 55 cm.

1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott
1880 - Émile Audiguier aux Châteaux d’Ottrott

Emile Audiguier y voit la dalle de fermeture d’une tombe (Sargdeckel) . Il avance une datation du XIII ème siècle et souligne que cette forme de sépulture serait bien rare en Alsace. Pour notre part, après observation, nous ne sommes guère convaincus. Les seigneurs n’étaient pas inhumés dans leurs châteaux mais en terre consacrée dans l’église du village, ou dans dans le cimetière attenant. Nous y voyons plutôt un vestige provenant du Vieux Lutzelbourg, le trumeau d’une baie double, par exemple.

Sources

  • Rothmüller, lithographie du Lutzelbourg, 1838

  • Wolf, Elsassisches Burgen Lexikon, 1908
    (le plan et l’élévation de Winckler, datées de 1880, figurent dans cet ouvrage)

  • Revue ‘Pays d’Alsace’ cahier N°191 – Émile Audiguier, 2000

  • Les photographies des aquarelles d’ Emile Audiguier ont été effectuées par nos soins au Musée de Saverne
     

Merci à madame Feyler, conservatrice du Musée,
de nous avoir permis l’accès à ces documents.

  • Photographies de la ‘pierre tombale’, PiP

 

Remerciements à Jean-Michel Rudrauf, AmChOtt,
qui nous a indiqué la présence du fonds Audiguier à Saverne
et nous a donné l’idée de cet article.

Armoiries des Ochsenstein, aquarelle Emile Audiguier

Armoiries des Ochsenstein, aquarelle Emile Audiguier

Cet article est le 300ème publié sur notre site ‘Autour du Mont Sainte-Odile’.
Nous avons passé la barre des 200.000 lecteurs.
Merci à tous de votre soutien !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Toujours une grande rigueur, et beaucoup de précision...<br /> Sympa et de plus j'aime beaucoup les aquarelles !
Répondre
P
On trouve des images oubliées dans les fonds iconographiques des musées...
P
Toujours aussi instructif et agréable à lire PiP !
Répondre
P
Merci, Monsieur le Président<br />