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Autour du Mont-Sainte-Odile, le Mur Païen

Le chevalier - poète Friedrich von Hausen

10 Février 2021 , Rédigé par PiP vélodidacte Publié dans #personnage

Friedrich von Hausen, chevalier, était, en son temps, un proche des empereurs de la famille de Hohenstaufen, Frédéric Barberousse puis Henri VI. Friedrich était aussi un poète, un des Minnesänger qui ont laissé leurs noms dans le codex Manesse. Ce magnifique manuscrit recense les trouvères de l’Empire, présente une image et une poésie de chacun. Voici la miniature de Friedrich.

Le chevalier - poète Friedrich von Hausen

Friedrich von Hausen, dans le Codex Manesse

Frédéric est représenté sur un bateau muni de voile ; deux compagnons sont perchés dans la mâture de la nef. La poupe et la proue du navire richement décoré portent des figures : une tête de lion et une tête d’aigle. Frédéric désigne dans la mer démontée le combat de deux monstres marins, corps de dragons et têtes diaboliques. Les combattants sont armés d’un gourdin et d’une épée. La scène est cernée d’un parchemin, elle doit être le thème d’un des poèmes de Friedrich.
Friedrich est vêtu d’un habit vert et d’une large cape rouge ornés de broderies en fils d’or.

La page suivante du Codex nous présente la calligraphie d’une poésie en prose de Friedrich. Celle-ci se poursuit sur quatre autres feuillets du codex.

Le chevalier - poète Friedrich von Hausen

Plusieurs poésies de Friedrich nous sont parvenues, on trouve des adaptations en allemand moderne sur plusieurs sites internet allemands. Reconnaissons humblement que, même traduites, la lecture n’est pas aisée.

Le recueil des poésies ‘Weingartner Liederhandschrift’ est contemporain du Codex Manesse (XIVème siècle). Nous y trouvons une deuxième miniature représentant Friedrich.

Le chevalier - poète Friedrich von Hausen

Curieusement, les deux artistes ont choisi exactement le même thème : Friedrich sur une nef, tenant un manuscrit, un compagnon dans les haubans de l’embarcation.

La vie de Friedrich von Hausen

Il semble que Friedrich soit natif de la région de Mannheim. Il est le fils de ‘Waltherus de Husen, homo liber’ cité dans de nombreux textes de l’époque (1171-1190). Walter possède des biens dans plusieurs villages proches de Mannheim, il est le prévôt des villages de Worms-Ibersheim et Gross-Rohrheim. Plusieurs historiens pensent qu’il possédait en outre le château ‘Hausen’ à Mannheim, dont il aurait pris le nom comme c’était courant à l’époque.

Friedrich devait être un garçon remarquable. De cette situation de petite noblesse, il va gravir les échelons et devenir un ministérial reconnu de Frédéric Barberousse. Si on ne sait comment il est parvenu à cette situation, on le retrouve cependant dans les chroniques des grands évènements de l’époque.

  • 1175 Friedrich serait cité par l’archevêque Christian de Mayence lors de son voyage en Italie

  • 1186 Friedrich accompagne le futur Henri VI dans son voyage en Italie, à l’occasion de son mariage avec Constance de Sicile

  • 1187 Friedrich est présent lors de la rencontre entre l’empereur Frédéric-Barberousse et Philippe-Auguste aux bords de la Meuse, alors frontière entre la France et l’Empire

  • 1189 Friedrich participe à la croisade qui réunit les trois grands dynastes de l’époque :Frédéric-Barberousse, Richard Coeur-de-Lion et Philippe-Auguste

La mort de Friedrich von Hausen

C’est lors de la croisade que Friedrich trouve la mort. Les deux images montrées plus haut s’expliquent ainsi, Friedrich sur sa nef, vogue vers l’Asie Mineure, en route vers les lieux saints. Friedrich n’était pas seulement un poète, mais aussi un chevalier. L’image du Codex Manesse le montre vêtu courtoisement, mais Friedrich portait aussi le heaume, l’écu et savait se battre. Selon la chronique, le 6 mai 1190, à la veille de la bataille de Philomelion (aujourd’hui Aksenir) Friedrich trouve la mort…

Frédéric Barberousse part pour la troisième croisade avec une grande armée. Il choisit la voie terrestre et traverse l’actuelle Turquie. Les rois Philippe-Auguste et Richard Coeur-de-Lion doivent le rejoindre par voie maritime pour ‘délivrer’ la Palestine. Frédéric mourra noyé le 11 Juin 1190 lors de la traversée du fleuve Saleph.

Quelques semaines plus tôt, l’avant-garde de l’armée de Barberousse se heurte aux troupes du sultan d’Ikonion qui domine alors la plus grande partie de la Turquie actuelle. La veille de la bataille de Philomelion qui verra la victoire des Impériaux, lors une échauffourée, Friedrich de Hausen se précipite à la poursuite d’un ennemi et son cheval fait une terrible chute dans les fossés de la ville. Friedrich meurt des suites de cette chute, il ne doit pas être le seul. Mais ses talents de trouvère sont tels que les chroniques font mention de la mort de ce chevalier-poète, disparu loin de chez lui, en croisade, pour libérer le tombeau du Christ.

Friedrich von Hausen et les châteaux d’Ottrott

- Mais, PiP ? Cette histoire est passionnante, certes. Mais pourquoi t’intéresser soudainement à ce poète-chevalier , venu d’Oberrhein, de si loin?
- Et bien, récemment retiré, plus ou moins chassé de ‘mes châteaux’ par l’administration, je me replonge avec plaisir dans la littérature qui leur est liée.
Dans le petit livre de Max Herbig, ‘die Ottrotter Schlösser’, publié en 1903, je retrouve de nombreux détails descriptifs des ruines, fort intéressants. Dans la partie historique du texte, Max cherche les origines des Rathsamhausen et les membres les plus connus de cette famille alsacienne. Sur toutes les sources locales, Max fait preuve d’une belle connaissance des textes. Inattaquable ! Et puis, au bas de la page 23 de son opuscule, Max nous cite ce Friedrich von Hausen comme membre de la famille de Rathsamhausen, seigneurs des châteaux d’Ottrott. Bigre ! L’erreur est manifeste. Max se base sur un nom et imagine une lignée fort improbable. Certes, dans plusieurs textes gardés aux archives d’Obernai, les Rathsamhausen portent le nom de ‘zum Huse’, il n’en reste pas moins que Friedrich n’était pas de chez nous.
Max s’est trompé sur ce point, il n’en a pas moins délivré une belle description des châteaux et de leur histoire. Je conseille à tous les passionnés d’Ottrott la lecture de son livre. (rédigé en allemand)

Sources

  • Codex Manesse, XIVème siècle

  • Weingartner LIederhandschrift, XIVème siècle

  • Die Ottrotter Schlösser, Max Herbig 1903

Pour la partie historique, j'ai consulté plusieurs articles Wikipedia, version allemande, très complète. 

Rathsamhausen selon Max Herbig

‘Ritter Friedrich von Husen (Rathsamhausen) war ein reichbegabter Minnesänger. Im dritten Kreuzuge zog er mit Freidrich Barbarossa 1190 nach Kleinasien und zeichnete sich durch hervorragende Tapferkeit aus. Bei zu eifriger Verfolgung eines Feindes über einen Graben setzend, stürzte er mit seinem Pferde und starb infolge dieses Falles bals darauf. Im Gedenken seiner Lieben in der fernen Heimat, dichtete er, eine seltene Erscheinung unter den rauhen Kriegsvölkern, die leblichsten Minnelieder, voll Sehnsucht und Hoffnung auf Wiedersehen,’

Die Ottrotter Schlösser, Max Herbig 1903

Le chevalier Frédéric de Hausen (Rathsamhausen) était un trouvère fort doué. Lors de la troisième croisade il partit avec Frédéric Barberousse en 1190 vers l’Asie Mineure et se distingua par sa folle témérité. Lors d’une chaude poursuite d’un ennemi par delà les fossés, il chuta avec son cheval et mourût peu après des suites de cette chute. En souvenir de ses amours dans la lointaine patrie, il écrivit, chose rare dans ces frustes peuples guerriers, des poèmes d’amour, plein de de nostalgie et d’espoir d’un retour

 Traduction PiP

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