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Autour du Mont-Sainte-Odile, le Mur Païen

Hannibal en Gaule

15 Février 2026 , Rédigé par PiP vélodidacte

Général carthaginois, Hannibal mène la deuxième guerre punique contre Rome. Cette longue guerre dure dix-sept ans de 218 à 201 avant notre ère. Longtemps indécise, l’épopée d’Hannibal connaît maints rebondissements, de nombreuses victoires carthaginoises, puis un enlisement à Capoue et se termine par la victoire de Rome. Dans cet article nous allons nous limiter à la traversée de la Gaule par l’ armée d’Hannibal. Les lecteurs passionnés trouveront par ailleurs les autres épisodes de cette étonnante histoire.

Pourquoi Hannibal est-il passé par la Gaule pour attaquer Rome ?

Suite à la première guerre punique, 264-241 avant J.C., Carthage vaincue a du céder la Corse, la Sardaigne et la partie qu’elle occupait de la Sicile. Si son influence sur les rives de la Méditerranée Occidentale s’est amoindrie, elle demeure cependant conséquente.

Carte de la Méditerranée en 218 avant J.C. - Source Wikipédia

Le territoire de Rome ne comporte que le sud de l’Italie et les îles. Le nord de la péninsule est occupé par les tribus gauloises de la Gaule Cisalpine.

Carthage domine toute la côte du nord de l’Afrique, mais aussi une bonne partie de l’Hispanie (Cette conquête de l’ Espagne a été conduite essentiellement par Hannibal). La Nouvelle Carthage y a été fondée : Carthagène. C’est là que réside Hannibal, ce sera le point de départ de son épopée.

Hannibal est le fils d’Hamilcar, qui fut le vaincu de la guerre précédente. Après la défaite, Hamilcar a élevé son fils dans un esprit de revanche contre Rome. Enfant, Hannibal a fait le serment de venger son père. Il veut conquérir Rome. Il l’a promis à son père.

(Hannibal) dit qu’au temps d’ Hamilcar son père alla en Espagne avec une armée, il n’avait alors que neuf ans. Qu’alors que son père effectuait un sacrifice pour ce voyage et qu’il eut fait ce qu’on fait en ces occasions, il fit éloigner tous les participants et qu’il le fit, seul, s’approcher. Qu’alors, il lui demanda s’il voulait faire le voyage avec lui. Et que lui, il répondit avec joie qu’il était prêt à partir et qu’après l’avoir prié avec tout l’empressement dont un enfant est capable, de l’emmener avec lui, son père lui avait pris la main et mené près de l’autel et qu’il l’avait fait jurer sur cet autel qu’il ne serait jamais ami du peuple romain.’

Polybe, Les Histoires, Livre III

Le serment d’Hannibal, enfant - Charles Turner, ~1850

L’enfant a grandi. Hannibal a maintenant trente-neuf ans. Carthage s’est relevée en vingt-trois ans de paix, elle est redevenue puissante. Mais, Rome domine les mers et règne sans partage sur la Méditerranée. Hannibal ne possède pas une flotte en mesure de faire traverser la mer par son armée. Hannibal décide donc de passer par la Gaule pour attaquer Rome.

Les préparatifs et la stratégie d’Hannibal

Il semble d’Hannibal ait longtemps mûri son projet. Le premier épisode guerrier est le siège et la prise de Sagonte. Bien que située au sud de l’ Ebre, donc en terre carthaginoise, la ville est en effet alliée à Rome. Le siège dure huit mois. Lors des combats, Hannibal est blessé par un javelot à la cuisse. Malgré les efforts diplomatiques de Rome, qui atermoiera et n’interviendra pas, la ville tombe, elle est pillée, ses habitants sont massacrés.

Dum Romae consulitur, Saguntum expugnatur’
‘Pendant qu’à Rome on palabre, Sagonte tombe’

Tite-Live, Histoire de la Ville depuis sa fondation, Livre XXI, paragraphe VII

A la suite de ce ‘casus belli’, Rome déclare la guerre à Carthage.

Buste d’Hannibal, Musée du Quirinal, Rome

Hannibal rentre à Carthagène où il passera l’hiver. Ces préparatifs sont de deux ordres :

  • Mobiliser et préparer son immense armée. On parle de 90,000 hommes à pied et de près de 1,000 cavaliers. Trouver les armes, les chevaux, les harnachements, approvisionner un déplacement d’hommes aussi nombreux sur une si grande distance suppose une organisation des plus rigoureuses.

  • Se chercher des alliés contre Rome. Hannibal veut pour le moins obtenir la neutralité des tribus du sud de la Gaule Transalpine. Ses envoyés dotés de présents et d’argent expliquent qu’Hannibal n’a aucune intention guerrière à leur égard, aucun esprit de conquête. Il veut juste traverser leurs contrées, le plus rapidement possible. Pour ce qui est des peuples gaulois de l’Italie du Nord, Hannibal compte sur leur soutien actif pour attaquer Rome.

Car il savait que le pays au pied des Alpes et aux environs du Pô était un pays fertile, qu’il était grandement peuplé, que les habitants étaient hardis et belliqueux. Et que, ce qui était le principal, qu’ils avaient toujours haï les Romains depuis qu’ils avaient fait la guerre contre eux…. Hannibal travaillait donc de toutes ses forces à satisfaire les espérances, il promettait libéralement toutes choses et envoyait souvent aux princes gaulois au delà des Alpes et dans les Alpes même, s’imaginant que le seul moyen de réussir était d’entrer dans ces contrées après avoir surmonté les difficultés du chemin, et d’attirer les Gaulois dans son parti. Enfin, il vint des courriers qui l’assurèrent que les Gaulois l’attendaient avec impatience.

Polybe, Les Histoires, Livre III

Hannibal est persuadé, qu’une fois en Italie, la Gaule Cisalpine prendra son parti et l’appuiera dans son combat contre Rome.

Les Romains connaissent les démarches d’Hannibal. Recevant les représentants gaulois au Sénat, ils leur demandent de ne pas livrer le passage à l’armée d’Hannibal. Voici la réponse des émissaires gaulois.

Il s’éleva un tel éclat de rire et de tels tumultes que les magistrats et les anciens eurent du mal à calmer la jeunesse, tant leur semblait sotte la proposition de barrer le passage à guerre qui menaçait l’Italie, pour l’appeler sur eux-mêmes et exposer leurs champs à la dévastation, pour préserver ceux de l’étranger (Rome). Le tumulte enfin apaisé, on répondit que les Gaulois n’avaient reçu ni service des Romains, ni injures des Carthaginois. Ils savaient au contraire que les hommes de leur race étaient chassés par les Romains, accablés de tributs et de persécution’.

Tite-Live, Histoire de la Ville depuis sa fondation, Livre XXI, paragraphe XX

Les Romains ont du être bien déçus de cette rencontre : ils seraient bien seuls face à Hannibal.

La stratégie d’Hannibal est claire : pour le moins, gagner la neutralité des gaulois transalpins afin d’ arriver vite en Italie et là, gagner les gaulois cisalpins à sa cause pour attaquer Rome.

Monnaie carthaginoise – Hannibal à l’avers et un éléphant au revers
 

De Carthagène au Rhône

Mai 218 - avant J.C.

Quelle est la force armée qui quitte Carthagène ? Les deux historiens qui nous paraissent les plus sérieux donnent des chiffres proches : 90,000 soldats à pied et 12,000 cavaliers selon Polybe ; respectivement selon 80,000 et 10,000 selon Tite-Live.

Dès le passage de l’ Ebre, Hannibal quitte les terres soumises aux Carthaginois et doit affronter plusieurs peuples et prendre plusieurs villes avant d’atteindre les Pyrénées. Il subit des pertes conséquentes et doit laisser Hannon, un de ses seconds, avec un fort contingent pour pacifier la région. Selon Polybe, Hannibal raffermit à cette occasion ses troupes, les exerce et passe les Pyrénées avec une armée plus soudée et plus motivée. Polybe ne nous dit pas le point de passage des Pyrénées, le Perthus ou la route côtière. Pas plus qu’il ne nous décrit le trajet jusqu’au Rhône. Il nous explique simplement que les Gaulois laissent progresser l’armée sans encombre. On peut situer le franchissement des Pyrénées en Juillet 218

Hannibal - fresque Musée du Capitole à Rome ~1510

Tite-Live se montre plus précis. Hannibal établit son camp à Illibéris, actuelle Elne, au sud de Perpignan. Il rencontre les chefs gaulois et obtient leur bienveillance pour son passage.

Lorsque les chefs barbares eurent approché leur camp d’Illibéris et qu’ils furent venus de bon gré dans celui des carthaginois, séduits par ses présents ; ils laissèrent son armée traverser tranquillement leurs pays en passant à côté de Ruscino (Perpignan)

Tite-Live , Livre XXI, Paragraphe XXIV

Pendant ce temps, en Italie, les Boïens et les Insubres, gaulois cisalpins, apprennent qu’Hannibal est en route et attaquent Plaisance, Crémone et d’autres postes romains dans la Vallée du Pô. (Tite Live, Livre XXI, paragraphe XXV). La stratégie d’Hannibal semble payante.

Le passage du Rhône

Août 218 – avant J.C.

(Note : Les textes anciens ne donnent pas de dates précises pour tout le passage en Gaule. Polybe parle en distances parcourues, mesurées en stades, et donne les durées en jours des marches et des arrêts de l’armée. C’est à partir de ces données floues que nous avons estimé les mois probables des différents épisodes de cette histoire.)

Lorsqu’ Hannibal se présente devant le Rhône, il a deux problèmes à régler. Primo, la traversée du fleuve impétueux et, deuzio, la présence des Volques. Ces gaulois hostiles comptent bien empêcher la traversée du fleuve. En ce qui concerne les Volques, la diplomatie et les présents d’Hannibal ne semblent pas avoir joué leur rôle.

Pour effectuer la traversée, Hannibal regroupe toutes les barques qu’il peut trouver, en fait fabriquer d’autres par les Gaulois restés sur place et par ses soldats même. Parallèlement, il envoie Hannon remonter le fleuve avec une partie des troupes espagnoles, loin en amont. Là, cette troupe d’élite traverse le Rhône au niveau d’une petite île grâce à des radeaux de fortune, des outres, ou plus simplement encore à la nage couchés sur leurs boucliers de bois. Hannon redescend le Rhône sur la rive opposée et avertit Hannibal de son approche par des feux ou signaux de fumée. Polybe indique que la manœuvre a pris cinq journées. Hannibal lance alors son armée sur le Rhône. Alertés, les Volques se rassemblent sur la rive du fleuve, et sont pris à revers par les troupes d’Hannon. Débandade des Gaulois, Hannibal traverse le Rhône.

Reste la question des éléphants. Oui, il faut bien parler ici des quarante-huit éléphants qui accompagnent l’armée d’Hannibal. Comment leur faire traverser le Rhône ? Selon Polybe, Hannibal, une fois installé sur les deux rives, fait installer une sorte de pont flottant, à base de radeaux couverts de terre pour rassurer les animaux. Les radeaux sont reliés entre eux par des cordes et Hannibal fait ainsi traverser ses quarante-huit éléphants.

Tite-Live est moins formel et propose deux solutions. Les éléphants auraient traversé à la nage, mais Tite semble douter. Alors, il reprend l’hypothèse des radeaux de son prédécesseur Polybe.

Les éléphants d’Hannibal sur le Rhône

Un auteur plus tardif, Frontin nous livre sa version, toute personnelle.

Hannibal, ne pouvant contraindre ses éléphants à traverser un fleuve très-profond, et n’ayant pas de bateaux, ni de bois pour construire des radeaux, ordonna qu’on blessât au-dessous de l’oreille le plus méchant de ces animaux, et que celui qui l’aurait frappé se jetât aussitôt à la nage, et traversât le fleuve en fuyant. L’éléphant, que la blessure rendit furieux, voulant poursuivre l’auteur de son mal, franchit le fleuve, et les autres n’hésitèrent plus à en faire autant.

Frontin, Stratagèmes, Livre I, Paragraphe 7

Les auteurs romains ne donnent que peu d’indications sur le lieu où le fleuve fut franchi. Les historiens modernes penchent majoritairement pour Caderousse à hauteur d’Orange. Mais, il se peut que ce soit plus près de la mer. Polybe indique ‘le Rhône à quatre journées de la mer’.

La Bataille du Rhône

Août 218 - avant J.C.

Pendant ce temps, Rome ne reste pas inactive. Une flotte est partie de Gènes pour rallier l’Espagne. Lors de son escale à Massilia (Marseille), Scipion apprend qu’Hannibal est sur le Rhône, alors qu’il le croyait encore dans les Pyrénées. Bigre ! Il envoie alors un petit détachement en reconnaissance. De son côté, Hannibal a envoyé une estafette de cavaliers numides vers le sud. L’accrochage est inévitable. (Août 218)

Si on en croit Polybe et Tite-Live, la rencontre des deux groupes fut meurtrière.

Hannibal avait détaché cinq cents cavaliers numides vers le camp des Romains, pour reconnaître leur position , leurs forces et leurs projets. Ce corps de cavalerie rencontra les trois cents cavaliers romains, partis , comme on l'a vu , de l'embouchure du Rhône, et ils engagèrent un combat bien plus terrible que ne le comportait le nombre des combattants; car, sans compter de nombreux blessés , le carnage fut à peu près égal de part et d'autre . La peur et la fuite des Numides donnèrent la victoire aux Romains déjà très-fatigués : les vainqueurs perdirent environ cent soixante hommes, Romains ou Gaulois , et les vaincus plus de deux cents.’

Tite-Live , Livre XXI, Paragraphe XXIX

Cavaliers Numides, figurines de plomb

L’avant-garde romaine pousse jusqu’au camp d’Hannibal, puis chaque détachement regagne ses bases. Scipion se voit confirmer de la présence d’Hannibal au pied des Alpes. Il confie alors la flotte romaine à son second qui continue sa route vers l’Espagne et lui regagne l’Italie afin d’ organiser la défense sur le Pô.

De son côté Hannibal reçoit la visite d’un ‘prince’ gaulois Magalus. Celui-ci vient l’assurer de l’attente des Boïens en Italie, du soutien qu’ils apporteront aux carthaginois. Il propose des guides pour traverser les Alpes. Hannibal abandonne alors l’idée de passer par la côte : il évitera Massilia, alliée de Rome, il franchira les Alpes avec ses éléphants.

Trajet d’Hannibal en Gaule transalpine

La remontée du Rhône et la traversée des Alpes

Septembre 218 - avant J.C.

Selon Tite-Live, Hannibal marchera quatre jours pour atteindre l’Île, au confluent du Rhône et de l’Isère. Là, il entre en contact avec les Allobroges et arbitre un différent entre deux frères qui se disputent la royauté de ce peuple.

En récompense , il reçut des vivres et toutes sortes de provisions en abondance, surtout des vêtements, dont les froids redoutables des Alpes forçaient de se munir.’

Tite-Live , Livre XXI, Paragraphe XXXI

Polybe situe la rencontre avec les Allobroges un peu plus au nord, mais raconte les mêmes péripéties. Il confirme l’aide apportée à Hannibal.

A partir de là, les descriptions des auteurs anciens ne permettent pas de situer l’itinéraire emprunté. Nos amis racontent moult difficultés rencontrées, mais ils ne les localisent pas. Aussi, les historiens et les spécialistes qui les ont suivis hésitent entre plusieurs voies, plusieurs cols. Certains sont péremptoires, d’autres moins. Nous ne trancherons pas et nous contenterons de vous proposer les différentes versions grâce au schéma de synthèse suivant. Vallée de l’Isère, de la Drôme, Haute Vallée de la Durance, passage d’une vallée à l’autre… tout semble possible.

La traversée des Alpes, source Wikipédia

Après une montée semée d’embûches, d’embuscades tendues par les peuples montagnards rencontrés, Hannibal et les siens atteignent enfin la crête alpine. Voici l’ épisode raconté par Polybe.

Les éléphants servirent beaucoup les Carthaginois en cette occasion, car en quelque lieu qu’ils parussent, ils épouvantaient les ennemis et assuraient le chemin où passaient les troupes d’Hannibal. Le neuvième jour, on arriva sur le haut des Alpes, où Hannibal resta deux jours, car il voulut donner quelque repos aux soldats qui étaient venus jusque là sans être blessés et attendre ceux qu’il avait laissés à l’arrière. Pendant ce temps, plusieurs chevaux qui étaient tombés et quantité de bêtes de somme qui s’étaient déchargées de leur fardeau revinrent dans le camp contre toute espérance, suivant la piste de l’armée.
Mais parce qu’il y avait déjà beaucoup de neige sur les montagnes, car on approchait de l’hiver, Hannibal reconnut que ses soldats commençaient à perdre courage, de
par les maux passés et ceux qu’il restait encore à souffrir, les fit assembler pour les animer, mais il n’y avait qu’un moyen, c’était de leur montrer que l’on voyait l’Italie.’

  • Polybe, Les Histoires, Livre III

Hannibal a gagné son pari alpin, lui et son armée dominent la plaine du Pô.

Hannibal dans les Alpes, lithographie 1851

Arrivée en Gaule Cisalpine, les premières victoires d’Hannibal

Septembre 218 - avant J.C.

La descente périlleuse est décrite par Polybe et Tite-Live. Polybe, nous livre le bilan de ces premiers mois de guerre.

Après avoir couvert cinq mois de chemin depuis Carthagène, et avoir passé les Alpes en quinze jours, Hannibal entra hardiment dans le pays du Pô et chez les Insubres. Il lui restait mille deux cents africains, huit mille espagnols et quelques six mille cavaliers, comme il le dit lui même sur la colonne trouvée à Lacinium qui indique le nombre de ses gens.

  • Polybe, Les Histoires, Livre III

    (Note : Lacinium est située en Calabre au sud de l’Italie. On n’y retrouve malheureusement plus de trace de la colonne de bronze d’Hannibal).

  • Les premières semaines sont consacrées au repos de l’armée et aux manœuvres destinées à s’attacher les bonnes grâces des tribus de la gaule cisalpine : Tauriniens, Insubres, Boïens… Il semble que tout ne fut pas aussi simple qu’attendu.

Epée, pointes de lances, ambon de bouclier, anneaux, hache

      Tite-Live nous rapporte longuement, comme à son habitude, les discours de Scipion et d’Hannibal destinés à motiver leurs troupes avant les premiers engagements. Rappelons qu’il écrit deux cents ans après les faits. Il doit s’agir plus de littérature que d’histoire.

      Octobre – Novembre 218 - avant J.C.

      Hannibal remporte coup sur coup deux victoires : la bataille du Tessin et la bataille de la Trébie. Les Romains sont mis en déroute, le consul Scipion est blessé et doit se replier. La confiance des Gaulois envers Hannibal s’est accrue. Les Romains perdent leurs derniers alliés gaulois. La marche sur Rome peut s’engager.

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                    Ici s’arrête notre récit consacré à la traversée de la Gaule par les Carthaginois.

       Hannibal quitte la Gaule Cisalpine et n’y reviendra plus. Certes, il enchaînera les victoires toujours plus au sud de l’Italie, Lac de Trasimène - juin 217, Cannes – août 216. Cependant Hannibal n’assiégera jamais Rome. Malgré de multiples tentatives à Tarente, Syracuse, Capoue, les Carthaginois s’enlisent. L’aide attendue des Macédoniens se révèle insuffisante. Hannibal finit par devoir rembarquer pour Carthage, il est vaincu à la bataille de Zama en 202 avant Jésus Christ.

 Embarcation romaine

Dix huit ans de guerre pour un échec.

Hannibal, exilé en Bithynie, au nord de l’actuelle Turquie, finit par se suicider en 183.

Conclusions sur la présence d’Hannibal en Gaule

Lorsqu’il quitte l’Espagne, Hannibal n’a qu’une idée en tête : rejoindre au plus vite l’Italie et se venger de Rome. La Gaule n’est que le passage obligé, rien de plus. Au long des cinq mois que dure son périple entre l’Espagne et la plaine du Pô, Hannibal cherche à négocier son passage avec les tribus gauloises et à les attacher à sa cause. Rien de plus. Pas de trace de la préparation d’un retour possible.
Dans les textes anciens que j’ai pu lire, on ne parle pas d’installation durable. Alors que nombre d’épisodes sont racontés en détail, à ma connaissance, il n’est jamais question de construire un refuge, ou de bâtir un mur.

Polybe détaille les déplacements, les mesure en stades, en jours. C’est fort bien explicité : Hannibal va au plus court, en évitant Marseille. Les Allobroges forment le peuple gaulois rencontré le plus au nord du trajet en Gaule. Ils vivent au sud de Lyon.

A mon humble avis, Hannibal n’a fait que passer en Gaule Transalpine
et le point le plus le septentrional de son trajet furent les rives de l’Isère.

Il n’a jamais été plus au nord.
Il n'a laissé aucune trace archéologique de son passage. 

 

Statue d’Hannibal

Sources anciennes

Du temps d’Hannibal et de Scipion, plusieurs auteurs ont raconté cette deuxième guerre punique.

  • Côté romain, Fabius Pictor a vécu ces années. Coelius Antipater, Valérius Antias écrivaient un siècle plus tard.
  • Côté carthaginois, Silenos de Calé Acté était l’historiographe d’Hannibal.

    Malheureusement tous ces textes ont disparu aujourd’hui. Nous ne les connaissons que par quelques citations d’historiens plus tardifs.

Les textes les plus complets sont ceux de Polybe (~-200, ~-120) puis ceux de Tite-Live (-59,+17).

Polybe mérite toute notre attention. Ce grec natif du Péloponnèse a été emmené comme captif à Rome où il est le précepteur de la famille des Scipion. Il écrit ses Histoires en quarante livres et pour notre bonheur, parmi les cinq livres qui nous sont parvenus figurent ceux qui racontent le début de cette deuxième guerre punique (Livres III, IV et V). Polybe ne s’en tient pas à une simple narration, il analyse les causes, les conséquences, la géographie, il semble sans parti pris, rigoureux, impartial. Il nous dit avoir parcouru lui-même les contrées traversées par Hannibal. A lire par tous les passionnés.

Statue de Polybe, Vienne

Tite-Live écrit sous l’empereur Auguste son Histoire de la Ville depuis sa fondation. Cent quarante deux livres écrits, trente cinq nous ont parvenus. Il écrit cent ans après Polybe et semble s’en inspirer fortement, même s’il a eu visiblement accès à d’autres sources. La vision pro-romaine du conflit est privilégiée. Les longues harangues des généraux romains ou carthaginois ne peuvent être qu’imaginées, certains épisodes semblent avoir été totalement fantasmés. Témoin ce passage, où Tite-Live nous rapporte un rêve d’Hannibal, inspiré par Jupiter lui-même. Bigre ! 

Là, on rapporte qu'Hannibal vit en songe un jeune homme d'une forme divine, qui se disait envoyé par Jupiter pour le guider en Italie, et qui lui recommanda de le suivre, sans jamais détourner les yeux. Saisi de stupeur , Hannibal le suivit d'abord, sans regarder près de lui ni derrière. Mais, par une curiosité trop naturelle à l'homme, il se prit ensuite à chercher en lui-même quel pouvait être l'objet dont la vue lui était interdite, et ne put surmonter son désir. Alors il vit derrière lui un serpent d'une grandeur prodigieuse s'avançant au milieu d'un vaste amas d'arbres et d'arbrisseaux brisés; puis il crut entendre un coup de tonnerre suivi d'un violent orage. Ayant demandé ce que signifiaient ce monstre et ce prodige, une voix lui répondit que c'était la dévastation de l'Italie ; mais qu'il continuât sa route, sans faire d'autre question, et qu'il respectât le secret des destins.’

            Tite-Live , Livre XXI, Paragraphe XIX

Par la suite, Appien, Frontin et Eutrope ne font que recopier et résumer leurs prédécesseurs.
Les traductions des textes romains sont accessibles sur Internet.

Pour une vue précise des guerres puniques, nous conseillons, pour quelques sous :

Claudia Moatti, Les Guerres Puniques, Folio 2008
 

Éléphant d’Hannibal, vu dans un jardin à Saint-Nabor
 

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W
Contradiction mon cher, l'éléphant observé à St Nabor se trouvait bien au nord des rives de l'Isère... Encore une blague de Véro !
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P
Problème de lunettes mon cher Patrick, il faut consulter : c'est pas un vrai éléphant !
A
Merci pour ce résumé du passage des Carthaginois en Gaule bien loin de chez nous. Un éléphant ça trompe énormément!
Répondre
P
J'aurais pu faire plus long.... mais lisez donc Polybe ! traduction en ligne sur internet
R
Admirable extension du terme "autour"; il faut voir grand ! Ce petit bout d'histoire a été passionnant à lire! Cela m'a rappelé un souvenir de voyage. La statue d'un éléphant à la sortie du Village de Bramans, village savoyard de la Haute Maurienne. Mémorial du passage probable d'Hannibal.
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P
Dans toutes les vallées de nos Alpes, vous trouverez des lieux-dits rappelant le passage d'Hannibal... Pourtant, il ne pouvait être partout....
M
Un beau rappel historique, mais nous voilà soudain rendus bien loin du Mont-Sainte-Odile et de ses environs !<br /> Bientôt un point sur Alexandre et ses conquêtes ? ;)
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P
Sinon, je suis bien d'accord, aucun rapport avec le Mont. Pourtant, j'ai cherché.
P
Si tu me pousses, je raconte la vie de Montezuma et toute l'histoire des aztèques. Ils construisaient des drôles de trucs aussi, ces gens là.