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Autour du Mont-Sainte-Odile, le Mur Païen

Mur Païen – Carrière expérimentale

6 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marc et PiP

Le Mur Païen du Mont Sainte-Odile reste aujourd’hui encore bien mystérieux. Cette enceinte longue plus de dix kilomètres garde bien ses secrets. Une association est née cette année, elle a pour projet une meilleure connaissance des lieux. Sauvegarde et mise en valeur du site par un entretien raisonné de la forêt avoisinante. Reprise de fouilles archéologiques destinées à lever une partie du voile sur les constructeurs du Mur. Conférences et visites guidées.

Vous trouverez tous les renseignements concernant l’ association ‘Réveil du Mur Païen’ sur la page Facebook qui porte ce nom.

Carrière NO1

Dernier volet de l’action des bénévoles, nous avons ouvert une carrière expérimentale pour étudier les techniques de construction employées par les bâtisseurs du Mur Païen.

Analyse des carrières du Mur Païen

Les carrières du Mur Païen ont été découvertes et décrites par Robert Forrer dans son livre ‘Die Heidenmauer von Sankt Odilien, ihre praehistorische Steinbrüche und Besiedlungsreste’ publié en 1889. Nous avons publié voici quelques mois un long article dédié à ces ateliers disséminés tout au long de la vieille muraille.

https://www.autour-du-mont-sainte-odile.fr/2023/10/comment-le-mur-paien-fut-il-bati.html

Avant de lancer notre carrière expérimentale, nous sommes retournés voir et étudier les carrières. Si Robert Forrer avait indiqué l’emplacement d’une trentaine de carrières sur son schéma de 1889, nos travaux d’entretien du Mur sur la section nord nous ont permis de découvrir un nombre important de carrières encore non répertoriées. Vous pouvez retrouver leurs emplacements exacts sur notre carte interactive du Mont Sainte-Odile.

Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen
Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen
Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen
Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen
Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen
Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen

Quelques carrières caractéristiques du Mur Païen

 Lien vers notre carte interactive !

https://www.autour-du-mont-sainte-odile.fr/2023/01/2-carte-interactive-du-mur-paien.html

Note : Dans nos articles, comme sur notre carte interactive, les carrières portent un nom composé de trois caractères. Premier caractère : N pour le secteur nord (Stollberg) - C pour le secteur central (Grossmatt et proximité du couvent) - S pour le secteur sud (Bloss). Deuxième caractère : E pour le versant est – O pour le versant ouest – C pour les carrières situées au centre. Le dernier caractère est un numéro d’ordre.

Visites et études des carrières, relevés des rainures et emboîtures, mesure des différents éléments : nous voilà prêts à imiter nos ancêtres.

Travail de relevé des carrières
Travail de relevé des carrières
Travail de relevé des carrières
Travail de relevé des carrières

Travail de relevé des carrières

Choix du site de la carrière expérimentale

Bien entendu, nous ne pouvions en aucun cas travailler à proximité du Mur classé monument historique, ni a fortiori travailler sur une carrière ancienne. Nous avons donc recherché un site éloigné et obtenu l’autorisation du Groupement Forestier de la Serva de nous installer sur ses terres, à proximité des Châteaux d’Ottrott. L’aide amicale et logistique des AmChOtt, ‘les Amis des Châteaux d’Ottrott’ a également pesé au moment du choix. Merci à eux.

Rocher brut

Sous les murs du château de Lutzelbourg, comme au sommet du Mont, les blocs de grès sont nombreux dans le sous-bois. Il nous a suffi de choisir un gros rocher et de nous lancer.

Dégagement du rocher

Le rocher sélectionné mesure 1m 80 dans sa plus grande longueur, 1m 30 de large pour une hauteur d’environ 80 cm. Nous pouvons évaluer son volume à 1,5 m³. La roche comporte de nombreuses incrustations de quartz, micas et autres. Sa masse peut être estimée à 3,8 tonnes.

Rocher dégagé

Premiers essais

Notre petite équipe n’avait de la taille de la pierre que peu de notions théoriques et encore moins de pratique. Les premières journées sur la carrière malgré notre bonne volonté et notre enthousiasme n’obtinrent que peu de résultats : nos carriers repartaient fatigués avec toujours plus de questions que de solutions. Mais comment faisaient-ils ? L’arrivée dans l’équipe de Philippe et de Nicolas, carriers patentés, nous permit de progresser et de nous lancer plus sérieusement dans l’extraction des blocs de grès.

Premiers essais
Premiers essais
Premiers essais

Premiers essais

Grâce à Théo, notre forgeron, nous avons testé des pics fabriqués avec du fer ‘ancien’. Si la forme permettait une attaque adéquate, il est vite apparu qu’en quelques dizaines de minutes les outils étaient émoussés et devaient être remis en forme par un nouveau passage à la forge. Les outils des bâtisseurs du Mur étaient de qualité.

Outils de Théo

Rainures et emboîtures

L’étude des carrières du Mur Païen est fort instructive. En effet, les bâtisseurs délaissaient les carrières au fur et à mesure de leur progression : lorsque la muraille avait atteint la hauteur voulue, les carriers abandonnaient le travail en cours pour s’installer plus loin, à proximité directe du chantier, afin de minimiser le transport des blocs, peut-on supposer. Cette méthode de travail nous permet aujourd’hui de voir des carrières avec les différentes phases d’avancement du travail.

La technique était le plus souvent la suivante. Sur le rocher choisi, les carriers commençaient par creuser une profonde rainure sur la roche. Si la roche était naturellement fissurée, ils ne faisaient qu’agrandir la fente existante. Ensuite, de place en place, sur cette rainure, ils surcreusaient des emboîtures. La phase suivante consistait à éclater la roche pour sortir les blocs.

Carrière CO6 – Rocher Forrer

Les longues rainures sont particulièrement bien visibles au Rocher Forrer, proche de la Felsentor. Mais on les trouve sur toutes les carrières du Mont. D’un site à un autre, elles peuvent n’être qu’ébauchées ou bien parfaitement abouties. La rainure est alors en V, large de 3 à 5 centimètres et profonde de 8 centimètres en moyenne pour pouvoir atteindre 10 centimètres. Leur tracé n’est pas toujours rectiligne, il peut dépasser les deux mètres de longueur. Vous trouverez les rainures les plus abouties à la Kreuzstein.

Carrière NO4 - Kreuzstein

Robert Forrer était persuadé que le Mur était gaulois. Certes, les Gaulois maîtrisaient le travail du fer, mais descendre aussi profond dans le grès et surtout dans le poudingue de Sainte-Odile et ses nombreuses incrustations de quartz et lydiennes, suppose des outils effilés et d’une grande solidité.
Robert a imaginé que les rainures ébauchées au pic étaient ensuite surcreusées à l’aide de sable et d’outils effilés en bois par simple friction. Notre test s’est révélé infructueux : le sable attaque surtout le bois, mais le grès ne bouge pas.

Test de surcreusement à l’aide d’outils en bois et de sable

Certains ont également proposé l’éventualité que la roche ait été ‘sciée’ à l’aide de cordes et de sable. C’est une technique parfois utilisée de nos jours à l’aide de câbles hélicoïdaux. Nous avons rejeté cette hypothèse après l’observation de carrières du Mur qui montrent des rainures avec des raccords à angle droit. Une corde ne saurait être utilisée dans ce cas. 

Rainures à angle droit – Carrière CO7

Nous avons tenté de travailler au pic de carrier (outil à percussion lancée). Cet outil permet l'ébauche de la rainure mais se révèle peu efficace une fois la roche entamée. Pour le surcreusement, Jean-Marc a préféré travailler avec pics, ciseaux et massette (outils à percussion posée).  C'est ainsi que nous avons tracé les rainures de notre carrière.

Jean-Marc au travail

Une fois la rainure bien tracée, nous attaquons le creusement des emboîtures. Il s’agit sur la rainure de surcreuser pour mettre en place les coins qui feront éclater la roche. Pour ce faire, nous avons travaillé au bédane, genre de ciseau à lame épaisse et haute.

Rainures et emboîtures, carrière expérimentale

Note : Dans certaines carrières du Mont, les carriers ont attaqué directement la roche par des emboîtures sans passer par la phase ‘rainures’. C’est plus souvent le cas sur le versant est du Mur, côté plaine d’Alsace. Cette méthode peut être expliquée de deux manières. Soit les diverses équipes n’avaient pas opté d’emblée pour la même technique, soit plus vraisemblablement elles tenaient compte de la roche plus granuleuse à l’est du plateau et donc moins facile à rainurer. Par exemple, les carrières proches du Rocher Canapé ne comportent que des emboîtures. Les carrières proches du Beckenfels présentent les deux cas de figure.

Carrière SE9, proche du Rocher Canapé

Extraction des blocs

Pour l’éclatement du rocher, Robert Forrer pensait à l’utilisation de coins de bois ou bien de leviers en bois également. Bigre ! Certains ont pensé que les coins de bois auraient été mouillés, se seraient dilatés et ainsi ils auraient provoqué l’éclatement.

Pour tester cette hypothèse nous avons choisi des coins en bois de hêtre. Cette essence est sensible à l’humidité. Le petit graphique suivant montre qu’au bout de six jours d’immersion complète et continue dans l’eau, les coins ont gagné environ 6,5 % de largeur. La prolongation de l’expérience nous fait plafonner à 7,5  %. Avec une telle dilatation, on peut espérer un résultat… mais quelle est la pression exercée réellement sur la roche ? Il nous faut tester.

Gains d’épaisseur de coins de hêtre immergés

Sur la carrière, nous avons conduit deux tests.

- coins espacés de 20 centimètres environ, comme relevé sur les carrières du Mont. Les coins étaient posés dans des emboîtures de 4 cm de large et de 8 cm de profondeur. Leur angle était de 30 degrés. Nous avons humidifié le bois durant trois semaines. Echec.

Test 1 : Coins espacés de 20 cm

- cinq coins espacés de quelques centimètres dans une longue emboîture. Même durée. Echec.

Test 2 : 5 coins

Par ailleurs, Hans Zumstein et Stéphane Fichtl ont trouvé chacun un coin de carrier en fer à proximité du Mur. Bien que ces deux coins ne puissent être datés et donc éventuellement ne pas être contemporains de la construction, la présence de nombreuses emboîtures sur les carrières du Mont nous a amené à suivre cette voie.

Coins de carrier

Quelques coins métalliques, quelques coups de masse, et le bloc préparé par les rainures et les emboîtures se détache facilement. Bon, pas si c’est pas moi qui frappe, disons plutôt Jean-Marc ou Pierre. Le bloc se détache proprement suivant la ligne marquée par la rainure.

Rupture de la roche

Nous avons de cette manière débité les 3/4 du gros rocher initial et obtenu une quinzaine de blocs de grès, d’une longueur variant de 80 à 90 centimètres, d’une largeur de 40 à 50 centimètres, sur une hauteur de 28 à 35 centimètres. La masse des blocs extraits est estimée de 250 à 400 kilogrammes.

Une fois un rien aguerris, nos carriers estiment leur temps de travail ainsi.

- une heure pour un mètre de rainure
- vingt à trente minutes pour une emboîture, selon le taux d’inclusions

Jean Marc en action

Lors de ces travaux, une seule fois, la cassure ne s’est pas effectuée comme prévue et le bloc détaché n’a pas pu être utilisé. Robert Forrer appelait ces échecs ‘Fehlbruch’. Sur le Mont, vous trouverez aisément ce type de défaut sur les carrières abandonnées : en cas de cassure inadéquate, les carriers passaient à un autre rocher.

Fehlbruch : le bloc détaché n'est pas utilisable

Après la cassure, il est aisé de 're'découper le bloc pour obtenir des blocs pour facilement transportables

Déplacement des blocs

Le plus lourd des blocs extraits par nos carriers doit peser environ 400 kilogrammes. Déplacer une telle masse n’est pas aisé. Sur le Mont la très grosse majorité des carrières se trouve a proximité du Mur et surtout au dessus du Mur. Le transport des blocs était ainsi facilité.

Notons cependant quelques exceptions notables.
- La carrière de l’angle sud-ouest de la Bloss est située juste sous le Mur, mais à proximité immédiate. (Carrière SO4)
- La carrière NO1 proche du Hagelschloss est située en contrebas, dans une pente marquée. C’est peut-être la raison qui a amené à son abandon, alors que l’immense bloc en cours d’élaboration était en voie d’achèvement.
- Quant à la carrière SO6, en plein centre de la Bloss, il semble que les carriers n’aient pas été plus loin que la phase ‘rainures’, sans doute a-elle été jugée trop éloignée de l’enceinte en construction.

Carrière SO6

Pour l’essentiel, les blocs ont vraisemblablement été posés sur des rondins et simplement été poussés vers le chantier du Mur. Nous avons donc opté pour cette solution et déplacés nos blocs sans réel problème.

    déplacement des blocs

Mise en place - Levage

La pose des premiers éléments est relativement aisée. Le Mur Païen ne possède pas de fondations, les blocs sont simplement posés à même la roche quand elle affleure ou sur le sol. La pose du premier lit se fait sans encombre. Pour la suite, il fallait soulever les blocs ! La hauteur encore en place du Mur dépasse les trois mètres par endroit. Lorsque la muraille est posée sur une pente comme dans le secteur Nord, versant ouest, la hauteur est plus impressionnante encore. Le travail à accomplir était colossal. Comment ont-ils fait ? Ont-ils établi des rampes de terre, comme les Égyptiens lors de la construction des pyramides ? Quels autres moyens de levage avaient-ils à disposition ? Je ne saurais dire. Nous ne trouvons pas de trace d’ancrage d’échafaudages sur le Mur.

Mise en place des blocs

Pour notre part, nous avons utilisé un trépied muni d’un palan et nous avons hissé nos blocs un à un à la force des bras. Ce ne fut pas une mince affaire.

Note : Si, comme le supposent les dernières études publiées, le Mur Païen a été édifié sous le Bas-Empire au quatrième siècle (PiP) ou même sous les Mérovingiens au septième siècle (Madeleine Châtelet), cette question n’est pas vraiment cruciale. Les réalisations romaines comme le Pont du Gard et les Arènes de Nîmes prouvent qu’élever des blocs de pierre ne posaient pas vraiment problème dans ces temps reculés.

Résultat brut, avant blocage

Les schémas suivants indiquent les dimensions des blocs soulevés ainsi que leur mise en place.

Lit 1

Lit 2

Taille des mortaises

Une fois le premier lit de blocs posés au sol bien en place, les bâtisseurs du Mur Païen n’ont pas utilisé de mortier pour assurer la cohésion de l’ouvrage. Les blocs étaient simplement reliés à leurs voisins par un système de tenons et de mortaises. Les mortaises étaient taillées dans le grès, sur le Mur lui-même. Les tenons de chêne étaient coupés et adaptés sur place.

Ébauche de deux mortaises

Nous avons consacré un long article sur cette technique et sur la datation des tenons retrouvés.

https://www.autour-du-mont-sainte-odile.fr/mortaises-et-tenons-du-mur-paien

Sur le court tronçon de mur que nous avons élevé, Jean-Marc a taillé au bédane seize mortaises.
Dimensions moyennes  : 25 cm de longueur bord à bord pour deux mortaises en vis-à-vis, 5 cm de large aux extrémités, 3 cm de profondeur.

Deux mortaises terminées

Nous avons opté pour la taille moyenne constatée sur le Mur, nonobstant les différences importantes entre les deux versants du Mur : le système tenons-mortaises est moins systématique et de taille plus impressionnante sur la plaine du Rhin que vers les Vosges.

Jean-Marc annonce une heure de travail pour deux mortaises en vis à vis.

 

Taille et mise en place des tenons

Taille d'un tenon

Le chêne rouvre est courant sur le Mont Sainte-Odile. C’est dans son bois qu’ont été taillés les tenons retrouvés dans le Mur. Selon l’étude de Willy Tegel, à retrouver sur le lien précédent, les tenons étaient taillés sur place ‘à la demande’ pour s’adapter à la taille et à la forme variables des mortaises. Willy indique qu’ils ne portent pas de trace de sciage : ils étaient taillés avec des hachettes ou des herminettes dans des planches préexistantes.

W. Tegel, B. Muigg, Dendrochronologische Datierung der Holzklammers aus der « Heidenmauer » auf dem Odilienberg, ZAM 2015, 2015

Ajustement et pose des tenons

C’est donc la méthode qu’a utilisée Jean-Marc. Sur chacun des lits de notre mur nous avons relié les blocs adjacents grâce à des tenons taillés dans des planches de chêne.

Travail terminé

Note : Pour de plus amples informations sur les techniques d’extraction et les carrières de Robert Forrer, le lecteur avisé se reportera à notre article dédié.

https://www.autour-du-mont-sainte-odile.fr/2023/10/comment-le-mur-paien-fut-il-bati.html


 

Conclusions

  • Nous avons construit un mur comportant une quinzaine de blocs. Il mesure 3 mètres de long, 1,3 mètre de large, 1 mètre de hauteur.

    Le Mur Païen comportait de 250,000 à 300,000 blocs. Il mesure 10 600 mètres, 1 mètre 70 de large en moyenne. Il devait atteindre la hauteur de 9 mètres aux alentours de la Porte d’Ottrott.

    Nous resterons donc fort modestes quant à nos conclusions. Et nous nous montrerons extrêmement respectueux à l’égard de nos ancêtres, émerveillés par la splendeur du travail accompli. Fort modestes.

  • Lorsque je regarde notre mur et que j’admire le Mur Païen, la première idée qui me vient à l’esprit, c’est la rondeur des pierres du Mur comparées aux arêtes vives de notre construction. Les siècles ont passés, le vent a soufflé, l’érosion a pu faire son œuvre et adoucir les lignes du Mur Païen. Notons cependant que sur les versants abrités, le Mur présente toujours des arêtes vives, relativement proches de celles obtenues dans notre carrière expérimentale.

  • Lorsque je me penche sur les pierres extraites par Jean-Marc et ses amis, je vois les traces des outils. Partout la marque des coups et le tranchant du ciseau ! Sur le bord des blocs, dans les mortaises surtout. La marque des emboîtures est bien visible. Or, je ne vois aucune trace de ce genre sur le mur païen. Là encore, s’agit-il de la marque du temps ?

    Remarquons cependant :  des rainures et des emboîtures sont encore bien visibles sur certaines carrières. Nos anciens ont-ils adouci les contours des blocs une fois mis en place sur le Mur à l'aide de ciseaux? 

    Relisons alors le rapport de Jacky Koch après ses fouilles de 2004. Jacky a fouillé la Porte d’Ottrott et ses abords. Lors de ses recherches, il met à jour des blocs depuis longtemps enfouis et là il note la trace visible d’outils qu’il appelle des ‘broches’ avec une finition du parement au ‘ciseau plat’. Aussi bien dans les mortaises que sur les parements du Mur. On parle là d’outils déjà bien élaborés. Il semble que l’érosion éolienne ait bien effacé les traces des outils anciens sur les parties exposées du Mur. Les parties enfouies et protégées gardent la trace des outils des bâtisseurs.
    La méthode utilisée par nos carriers devait être proche de celle des anciens.

  • Jean-Marc après les premiers tests a travaillé avec des outils modernes. L’usure s’est cependant rapidement fait sentir et il a du réaffûter ses outils. Les anciens ne possédaient pas de tels outils. Ils devaient nécessairement reforger du moins les extrémités des pics et ciseaux. Au vu du nombre de carrières, ils étaient des centaines, voire des milliers (?) à travailler sur le Mur. Le nombre de pics, de ciseaux, de coins devait être important. De petites forges devaient être installées à proximité des cupules pour affûter et réparer les outils. Alors me revient une proposition déjà exprimée bien avant la création de notre association ‘Réveil du Mur Païen’. Pourquoi ne pas fouiller une carrière du Mur ? Ceci n’a jamais été fait, à l’exception d’un bref travail de Robert Forrer sur la carrière qui porte son nom (Carrière CO6 -Rocher Forrer). Les résultats étaient encourageants. Robert avait trouvé des charbons de bois. A ma connaissance, ceux-ci n’ont pas été analysés. Je suis persuadé que la fouille d’une carrière serait riche d’enseignements. Nous pourrions trouver des outils perdus, des objets du quotidien des carriers, des monnaies, des traces de feux, forges ou simples foyers pour les repas. Nous pourrions alors dater. Ce serait une opportunité de savoir, enfin.

    Qui a construit le Mur Païen ?

Merci aux membres de notre équipe de carriers.

Jean-Marc, Pierre, Nicolas, Philippe, Morigane et Étienne

et aussi : Olivier, Fabienne, Barbara, Jean-Bernard, Pilou, Jonathan, et Théo….

et même (une fois) Véro

Remerciements marqués à Jean-Marc qui a dirigé cette petite équipe et s’est tant investi.

PiP, avril 2026


 

Illustrations

Toutes les photographies et les quelques schémas proposés dans cet article sont le travail des membres de l’association ‘Réveil du Mur Païen’. Merci à eux.

Sources

  • Robert Forrer, Die Heidenmauer von Sankt Odilien, ihre praehistorische Steinbrüche und Besiedlungsreste’, 1889.

  • Willy. Tegel, Bernhart Muigg, Dendrochronologische Datierung der Holzklammers aus der « Heidenmauer » auf dem Odilienberg, ZAM 2015

  • Jacky Koch, Porte d’Ottrott du Mur Païen, 2004

     

    Retrouvez nos nombreux articles consacrés au Mur Païen et notre carte interactive :

    https://www.autour-du-mont-sainte-odile.fr/2022/12/le-mur-paien-du-mont-sainte-odile.html

     

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J
Bravo à toutes et tous et surtout à Jean-marc pour son investissement et PIP avec ses deux mains gauches!
Répondre
P
Tu sais ce qu'elles te disent mes deux mains gauches, Jessy Carrière ?
P
Bravo, c'est très intéressant et démontre bien que le mur païen n'a pu être construit qu'avec des outils en fer...
Répondre
P
Oui... Outils de fer performants , donc pas avant la Tène.
F
Un super travail, bravo à vous !<br /> Si on ne peut conclure avec certitude sur la manière dont on travaillait à l'époque, on peut déjà éliminer quelques possibilités. Cette idée de faire gonfler du bois était marrante, dommage :)
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P
Je crois que nous avons maintenant une idée assez proche de la vérité...
M
Bravo pour cet article très complet !
Répondre
P
Tout le mérite à Jean-Marc...